Une formation à l’intelligence artificielle ne se choisit pas à partir d’une démonstration spectaculaire ou d’une liste d’outils. Elle se choisit à partir d’un besoin de travail, d’objectifs observables, de règles de sécurité et de preuves que le programme pourra être transféré dans le quotidien de l’équipe.
Réponse en bref
Demandez au formateur de rendre quinze éléments vérifiables : public visé, diagnostic initial, objectifs, programme, exercices, actualisation, protection des données, vérification des réponses, évaluation, transfert après la session, accessibilité, preuves de compétence, indépendance, cadre commercial et propriété des livrables. Notez chaque critère de 0 à 2. Une belle présentation ne compense jamais l’absence de règles sur les données, la vérification ou les preuves.
Avant de comparer des profils
Commencez par écrire une phrase qui décrit le problème à résoudre. Par exemple : « réduire le temps de préparation des réponses aux appels d’offres sans envoyer de documents confidentiels à un service non approuvé ». Cette phrase est plus utile que « former l’équipe à ChatGPT », car elle précise une tâche, un résultat attendu et une contrainte.
Le règlement européen sur l’intelligence artificielle demande aux fournisseurs et aux déployeurs de prendre des mesures pour assurer un niveau suffisant de maîtrise de l’IA, en tenant compte des connaissances, de l’expérience, de la formation et du contexte d’utilisation. Cela ne crée pas un programme universel : le bon niveau dépend des rôles et des risques de votre organisation.
La grille des 15 critères
1. Le public est défini avec précision
Un programme destiné à une direction générale, à des commerciaux et à des développeurs ne peut pas employer les mêmes exercices ni le même vocabulaire. Le formateur doit préciser les fonctions, le niveau initial, les outils déjà utilisés et les situations de travail concernées.
Preuve attendue : une fiche public/prérequis ou un questionnaire de positionnement.
2. Un diagnostic précède la session
Le diagnostic doit distinguer trois choses : ce que les participants savent déjà faire, les tâches qu’ils veulent améliorer et les contraintes qui limitent l’usage de l’IA. Un simple sondage de satisfaction ne remplit pas cette fonction.
Preuve attendue : le questionnaire, la méthode d’analyse et la façon dont les résultats modifient le programme.
3. Les objectifs sont observables
« Comprendre l’IA » est trop vague. Un objectif utile décrit une action vérifiable : construire une consigne, comparer deux sorties, identifier une donnée à ne pas transmettre, documenter une source ou définir un point de validation humaine.
Preuve attendue : trois à cinq objectifs formulés avec un verbe d’action et un mode d’évaluation.
4. Le programme montre le temps réellement consacré à chaque étape
Une liste de vingt thèmes ne dit pas ce qui sera réellement travaillé. Demandez un déroulé indiquant les apports, les exercices, les retours collectifs, les pauses et l’évaluation.
Preuve attendue : un conducteur horaire, même provisoire.
5. Les exercices ressemblent au travail des participants
Une démonstration impressionnante reste passive. Les participants doivent manipuler des cas proches de leurs tâches avec des données fictives, publiques ou correctement anonymisées.
Preuve attendue : un exemple d’exercice, son jeu de données et ses critères de réussite.
6. L’actualisation du contenu est organisée
Les interfaces, modèles, conditions d’utilisation et fonctionnalités changent. Le formateur doit dater ses supports, indiquer les versions observées et distinguer un principe durable d’une fonction susceptible de disparaître.
Preuve attendue : une date de dernière vérification et une procédure de mise à jour des supports.
7. Les règles de protection des données sont explicites
La CNIL recommande de partir d’un besoin concret, d’encadrer les usages autorisés et interdits, de choisir un mode de déploiement adapté et d’impliquer les parties prenantes concernées. Une formation doit donc expliquer ce qui peut être saisi, dans quel outil, sous quelle configuration et avec quelle validation interne.
Preuve attendue : une matrice « autorisé / à examiner / interdit » adaptée au contexte de l’organisation.
8. La vérification des réponses fait partie du programme
Une sortie plausible peut être fausse, incomplète ou mal sourcée. Le programme doit montrer comment vérifier les faits, les calculs, les références, les citations et la conformité d’un livrable avant utilisation.
Preuve attendue : une checklist de contrôle appliquée pendant un exercice.
9. L’évaluation mesure une capacité, pas une impression
Un questionnaire de satisfaction indique comment la session a été perçue. Il ne démontre pas qu’une compétence a été acquise. Il faut au moins une tâche avant/après, une production évaluée ou une mise en situation avec critères définis.
Preuve attendue : la grille d’évaluation et un exemple de consigne.
10. Le transfert après la formation est prévu
Sans environnement d’essai, bibliothèque de modèles, responsables identifiés et temps réservé, les acquis se perdent. Le suivi peut rester léger : une permanence, une revue à trente jours ou un plan d’expérimentation suffit s’il est réellement organisé.
Preuve attendue : un plan à 7, 30 et 60 jours avec propriétaires et livrables.
11. Les besoins d’accessibilité sont recueillis
Supports lisibles, sous-titres, navigation clavier, rythme, pauses et formats alternatifs doivent être abordés avant la session, pas au dernier moment.
Preuve attendue : une question d’accessibilité dans l’onboarding et les adaptations proposées.
12. Les compétences annoncées sont prouvables
Demandez des publications, du code, des supports datés, une intervention publique, un parcours documenté ou des références que vous pouvez vérifier. Un intitulé auto-attribué ne suffit pas.
Preuve attendue : des liens publics ou des documents consultables, avec le périmètre exact de la contribution du formateur.
13. Les affiliations et intérêts sont transparents
Un formateur peut être partenaire, affilié ou rémunéré par un éditeur. Ce n’est pas automatiquement un problème, mais cela doit être déclaré lorsque cette relation peut influencer le choix des outils présentés.
Preuve attendue : une déclaration simple des liens commerciaux et des alternatives couvertes.
14. Le cadre administratif et commercial est lisible
Durée, prix, nombre de participants, matériel, annulation, livrables, assistance et frais doivent être écrits. La certification Qualiopi concerne les processus mis en œuvre par un prestataire ; elle ne remplace pas l’évaluation du contenu ni de l’adéquation au besoin.
Preuve attendue : une proposition détaillée et, si une certification est avancée, son justificatif vérifiable.
15. La propriété et la réutilisation des livrables sont définies
Qui peut réutiliser les supports ? Les prompts produits par l’équipe restent-ils internes ? Les exemples seront-ils repris ailleurs ? Que deviennent les données de travail ? Ces réponses doivent apparaître avant la session.
Preuve attendue : des clauses sur les supports, les productions, la confidentialité et la conservation.
Comment noter les réponses
Cette grille est une méthode de comparaison proposée dans ce guide. Elle ne constitue ni une norme officielle ni un indicateur validé scientifiquement.
| Note | Interprétation | Exemple |
|---|---|---|
| 0 | absent ou réponse invérifiable | « Nous adaptons toujours » sans document ni exemple |
| 1 | engagement décrit | méthode expliquée, mais aucune preuve fournie |
| 2 | engagement démontré | document daté, exemple ou procédure consultable |
Additionnez les quinze notes pour obtenir un score sur 30, puis lisez le détail :
- 0 à 15 : trop d’éléments restent déclaratifs ;
- 16 à 23 : base exploitable, avec des points à contractualiser ;
- 24 à 30 : dossier documenté, à confirmer par un échange et une vérification des preuves.
Trois critères sont éliminatoires s’ils valent zéro : protection des données, vérification des sorties et preuves des compétences annoncées. Un total élevé ne doit pas masquer un risque critique.
Les preuves à demander
Copiez cette liste dans votre demande de proposition :
- programme avec horaires et modalités ;
- objectifs et méthode d’évaluation ;
- exemple d’exercice anonymisé ;
- règles de données utilisées pendant la session ;
- date de dernière mise à jour des supports ;
- parcours et liens publics vérifiables ;
- modalités d’accessibilité ;
- plan de suivi après la formation ;
- prix complet et conditions d’annulation ;
- règles de confidentialité et de propriété des livrables.
Les signaux qui doivent faire arrêter la sélection
- promesse d’un résultat garanti sans méthode de mesure ;
- utilisation prévue de données réelles sans validation de votre DPO, RSSI ou responsable compétent ;
- logos de clients sans cas précis ni autorisation vérifiable ;
- chiffres de personnes formées ou de satisfaction sans source ;
- programme centré sur une succession de fonctionnalités sans tâche métier ;
- refus de fournir un exemple d’évaluation ;
- confusion entre certification de processus et preuve de résultat pédagogique ;
- discours qui présente l’outil comme fiable sans contrôle humain.
Limites
La grille aide à poser de meilleures questions ; elle ne prédit pas à elle seule la qualité d’une intervention. Les seuils proposés n’ont pas fait l’objet d’une validation statistique. Certains secteurs réglementés exigent des contrôles supplémentaires. Les obligations juridiques, contractuelles et de cybersécurité doivent être confirmées auprès des fonctions compétentes de votre organisation.
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Vous préparez une consultation ? Décrire le public, les tâches et les contraintes de votre formation IA permet de transformer cette grille en brief comparable pour les intervenants sollicités.
Sources vérifiées
- Source externe, eur-lex.europa.eu , consultée le 12 juillet 2026
- Source externe, cnil.fr , consultée le 12 juillet 2026
- Source externe, messervices.cyber.gouv.fr , consultée le 12 juillet 2026
- Source externe, travail-emploi.gouv.fr , consultée le 12 juillet 2026